L'accrochage scolaire, du concept au projet
Le projet dénommé “service Simplement une école” aide les élèves - et leur famille - dans leur parcours scolaire et de formation.
L'asbl “Maison des Associations, Bruxelles” développe, depuis plusieurs années, un projet dénommé “service Simplement une école” dont la vocation est d’aider les élèves et leur famille dans les difficultés qu’ils peuvent rencontrer dans leur parcours scolaire et de formation. Confrontée à des situations très variées, parmi lesquelles certaines concernaient des élèves en complet décrochage et animés d’un fort sentiment de rejet de toute forme d’enseignement dans les filières classiques, l’équipe du service a jugé intéressant de développer un projet qui puisse apporter une réponse aux difficultés de ces élèves : l'initiative a donné naissance au service d'accrochage scolaire ou SAS.
Le premier projet de SAS a été mis sur pied de façon expérimentale en 1995
Il a été subventionné alternativement par le secteur de l’Aide à la jeunesse et sous forme de recherche-action par l’AGERS. Depuis lors, il évolue sous forme de projet pilote cofinancé par les secteurs de l’Enseignement et de l’Aide à la jeunesse et en partenariat avec l’asbl “AJQP”. Suite au financement conséquent depuis janvier 2009, le projet est en voie d'acquérir son autonomie et le partenariat s’est arrêté en septembre 2009. Pour l’année scolaire 2009-2010, une asbl indépendante est constituée et un agrément pour un projet rénové est introduit.
Nous ne sommes pas les premiers à réfléchir à des solutions : le cadre du projet et l’organisation de la prise en charge ont été élaborés sur base d’expériences similaires en Belgique et à l’étranger, sur les témoignages d’acteurs de terrain et sur le travail et l’expérience d’une équipe pluridisciplinaire.
Une procédure d’inscription formalise l’accueil de l’élève, garantit son engagement, fixe un cadre de travail et, dans la mesure du possible, mobilise sa famille. Une carte d’évaluation personnelle ouvre un espace de parole pour l’élève en ce qui concerne son “savoir-être”. Un contrat à trois – l’équipe, l’élève et ses parents – est signé, celui-ci précise les attentes et les ambitions de l’élève.
Dès lors, l’accueil est individualisé et le projet de l’élève est plus ou moins défini, selon les individus. Cependant, le projet repose en grande partie sur la dynamique qui s’instaure dans le groupe d’élèves : la plupart des activités sont collectives, en grand groupe ou en sous-groupe optionnel.
L’équipe a d’emblée planifié la plupart des activités.
Notre connaissance des élèves en difficulté nous mène au constat qu’il aurait été prématuré de construire un programme d’activités avec eux, parce qu’ils placent souvent leurs désirs en dehors de toute structure relationnelle avec des adultes et qu’il ne faut pas d’emblée les mettre en situation de l’exprimer, surtout collectivement, au risque d’être confronté à des murs de silence ou à des envies strictement ludiques. Par ailleurs, il nous semblait intéressant de mener avec eux un programme qui s’équilibrerait autour de nos objectifs : renouer avec l’envie, le vouloir, le désir, qu’il s’agisse de l’expression, de la connaissance (académique ou non) et du savoir-être.
Pour plusieurs élèves, l’enjeu peut aussi être d’aller au bout de ce qu’ils se proposent, et notamment d’éviter toute violence physique lors de difficultés relationnelles avec les autres élèves ou les adultes.
Le cadre que nous avons fixé et qu’ils s’engagent à respecter sert de référence tout au long de leur prise en charge, et les attitudes de l’équipe, toujours disposée à entendre les difficultés des élèves et à réfléchir avec eux à une solution, doivent permettre de désamorcer les situations difficiles.
Les parents sont pleinement engagés dans le projet : le SAS leur est expliqué abondamment et ils sont invités à s’impliquer lors de la formalisation, à la signature du contrat. Une période d’essai de deux semaines permet une évaluation de la pertinence du SAS. Nous pensons cependant qu’il est approprié de laisser à chacun la possibilité de se repositionner par rapport à un engagement de départ ou de sortir d’un accord si celui-ci n’est pas satisfaisant.
Au-delà des objectifs déclarés, à savoir la revalorisation de l’élève, le travail sur la connaissance issue du vécu et les stages d’observation, le SAS est construit sur trois axes fondamentaux : un cadre clairement défini, une approche pédagogique basée sur la communication, et des activités multipolaires.
Un cadre défini
Un des besoins récurrents des élèves en difficulté, que ce soit à l’école où ailleurs, est celui d’avoir des repères
L’équipe du SAS a souhaité couvrir le plus largement possible ce besoin. Au moment de l’accueil au SAS, d’abord : l’élève sait pourquoi il est au SAS, ce qu’il vient y faire, quel est le règlement et quelles sont les procédures (il doit comprendre pourquoi elles existent), ce qu’on lui propose, ce qu’il doit y faire et dans quelle mesure ses parents sont tenus au courant de sa trajectoire.
Tout au long de son séjour, il est suivi par une personne qui est son référent, avec lequel il a des entretiens réguliers qui lui permettent de travailler son projet, de faire le point et de chercher des solutions à des difficultés extérieures aux activités du SAS.
Dans sa vie quotidienne au SAS, l’élève a une idée précise des activités de la journée : chaque début de semaine, le programme des jours à venir est présenté (quelles activités avec qui et où). Son agenda peut être également un outil de référence. Des espaces de paroles permettent régulièrement aux élèves de dialoguer sur les activités extérieures au SAS, mais qui font partie intégrante de leur vie. Enfin, plusieurs ateliers leur permettent de se situer dans leur histoire et dans l’Histoire, dans leur monde et dans le Monde.
Une pédagogie de la communication
Cette possibilité de dialogue permanent vise à responsabiliser l’élève, à promouvoir son statut de sujet, et à l’accompagner dans ses désirs.
Le SAS est perçu comme une “espèce particulière” d’école par les élèves : ils y ont des activités qui s’apparentent aux activités scolaires à la différence qu’ils sont au centre de celles-ci. Loin de vouloir imposer une culture savante qui serait à mille lieues de leurs vies, l’approche vise à partir de qui ils sont, de leur histoire, de ce qu’ils savent ou ne savent pas. Lorsqu’une difficulté survient, elle doit être l’occasion de la réflexion, qu’il s’agisse d’un problème lors de la réalisation d’un exercice, d’une difficulté personnelle ou d’un manquement au règlement.
Cette promotion de la parole représente pour nous un outil que les élèves doivent acquérir au SAS.
Des activités multipolaires
Toute connaissance humaine est faite de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être, d’expériences accumulées au cours des ans et de rencontres
Nous sommes partis de ce constat pour multiplier des activités pédagogiques et des ateliers diversifiés. Pour que les élèves reprennent confiance en eux, nous avons été attentifs à ce qu’ils puissent se représenter clairement le résultat de leur travail. Nous avons multiplié les activités afin que chaque élève, au sein du groupe, puisse valoriser ses capacités aux yeux des autres. En ce sens, l’émergence de la volonté des élèves de rendre publiques leurs productions est un succès historique indéniable. Enfin, chaque activité fait appel à différentes compétences : de l’usage de l’ordinateur à l’invention d’un récit, de la construction d’un objet à la réalisation d’un plan préalable, pour donner deux exemples.
Le projet d’espace de resocialisation pour élèves en décrochage scolaire nous confirme qu’un travail d’éducation peut être mené avec des élèves qui rejettent, a priori, l’école
Les élèves accueillis se sont mis au travail au SAS. Ils sont donc bien en besoin de structure, en demande d’école. Sans doute simplement pas celle où ils sont des ratés, où ils n’ont rien à dire, où ils ne comprennent pas ce qu’ils y font, où ils ne se voient pas avancer.
Le travail qu’ils ont fait au SAS est bien un travail d’apprentissage progressif : il est jalonné d’essais et d’erreurs, d’avancées et de retours en arrière. Sur une période de temps assez courte, nous avons pu constater des changements importants chez nos élèves, en termes de formation et de trajectoire personnelle.

